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Hommage à Antonin Artaud

L’artiste endormi

Dans les derniers chapitres du Roi des Aulnes, Michel Tournier décrit trois positions dans lesquelles dorment les enfants d’un internat : sur le dos, sur le ventre ou sur le côté. Les postures de ces enfants endormis sont décrites comme trois façons d’embrasser le sommeil. Elles apparaissent comme différentes conduites que l’on peut choisir d’adopter face à la vie. Les enfants s’endorment comme certains partent en voyage ou se mettent à peindre : comme une simple façon d’exister.

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Partition de Mozart

Une approche picturale du concerto

Le point d’orgue d’un concerto pour piano ne se situe pas lors de la dernière note du soliste, mais lors de sa première, au moment de son entrée en scène : par surprise chez Chopin, en grande pompe chez Tchaikovsky et Grieg, avec élégance chez Mozart, toujours trop tôt chez Bach. Ces premières mesures ont quelque chose de plus que les autres, le piano s’y fait présence — cette présence indéfinissable dont Noureev était parait-il le maître, lorsqu’il entrait en scène, sans un geste, la salle retenant son souffle.

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Nijinski dans le Prélude à l'après-midi d'un faune

La féminisation de la forme

J’ai la sensation que, lors de la réalisation d’un tableau, le premier coup de pinceau est toujours, par essence, le plus violent d’entre tous. Ceux qui vont suivre ne pourront que le compléter, l’étendre, le corriger, bref en diluer le sens, comme on désinfecte une plaie, tandis que ce premier contact de la peinture avec la toile est une naissance. Il porte en lui l’affirmation de toute l’œuvre qui va suivre.

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Sans titre

Le temps des fluides

Une ligne tracée à la main s’exprime, alors qu’une ligne tracée à la règle se meurt. L’homme comme la machine reflètent leur propre nature dans les traits qu’ils produisent. La machine inerte ne tracera qu’un trait mortifère et sans expressivité quand l’homme dessinera une ligne parlante, qui viendra elle-même alimenter son propre psyché (imagination, émotion). Historiquement, la peinture abstraite s’est construite autour de cette dichotomie homme/machine, que l’on pourrait aussi désigner par l’opposition mollesse/dureté et qui dans le champ pictural s’est appelé abstraction géométrique / abstraction lyrique.

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White on White

Plaidoyer pour le vide

À l’inverse de l’écriture, dans la peinture le tracé et le sens sont distincts. Le contenu physique (ce que l’on trace sur la toile) est distinct du contenu mental (ce que l’oeuvre nous dit). Pour le peintre, seule une dissociation (voire un divorce) entre ces deux types de contenu (contenu physique et contenu mental) peut permettre de faire du premier un outil au service du second.

Prendre possession de l’espace pour s’exprimer est certes naturel, mais la création d’une œuvre ne peut être réduite à une action de remplissage. Chercher à combler tout l’espace revient à le considérer comme une denrée uniforme que l’on se doit de consommer, plutôt que comme un lieu assujetti au développement de notre art, lui aussi fait de lacunes.

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Cristalliser le mystère

Le jour de ma première visite à Vitry-sur-Seine, l’ancien entrepôt industriel dont j’ai fait mon atelier m’avait séduit par sa hauteur sous plafond et sa luminosité que même l’épaisse couche de poussière ne parvenait pas à ternir. L’annonce immobilière décrivait une pièce spacieuse, mais à mon arrivée j’avais plutôt eu l’impression de découvrir un grand rectangle vide. Vidé de ses meubles, certes, mais aussi vidé de son sens. Comme sur une toile que l’on souhaite minimaliste mais qui laisse finalement une impression d’inachevé, ce lieu n’avait pas d’ambiance, il ne faisait penser à rien. Ni à un lieu de travail, ni à un lieu privé, ni même à un lieu abandonné. Vidé de sa substance, cet atelier ne pouvait qu’en être rempli, en peignant.

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