Critiques

L.U.C.A.

Entretien avec Carolyn Carlson et Silvère Jarrosson

L’histoire de l’art se tisse de mouvements, et le mouvement appartient lui aussi à l’histoire de l’art, bien avant les essais de chronophotographie. Dans les sculptures, à l’évidence, depuis l’antiquité, mais aussi dans la peinture. Pas seulement en référence à la transcription du bougé, de la vitesse, ou de l’élan. De la peinture à la toile, le peintre a un geste. Il l’ajuste comme le danseur ajuste le sien. Il perçoit aussi de manière instinctive l’espace à peindre et le chemin du pinceau. Il en acquiert une conscience aussi fine que celle qu’il a de son corps.

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Neuvième composition

L’abstraction lyrique hier et aujourd’hui

L’entrée en peinture porte son chemin de Damas. Le choix est ambitieux par le risque qu’il génère, tant l’action qui lui est présupposée sous-entend de possibles errements autant que d’acceptations reçues et transmises qu’il importe aujourd’hui de préciser en lui redonnant tout son sens.

Silvère Jarrosson a déplacé l’aiguille de sa boussole pour suivre un parcours inattendu qui le fait entrer sur une scène différente que celle du théâtre et de la danse.

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Dixième composition

Jarrosson et le paysage

Organiser la rencontre entre les toiles d’un maître comme Olivier Debré et celles d’un jeune artiste comme Silvère Jarrosson est un défi que la Galerie Faidherbe a décidé de relever. Si Debré refusait de se définir comme paysagiste, c’est également le cas de Jarrosson. Cependant, les deux peintres entretiennent une relation particulière au paysage qui apparaît dans certains titres d’œuvres ou même dans le format choisi pour peindre. Une relation largement commentée chez Debré, beaucoup moins chez Jarrosson. Essai.

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Dix-huitième composition

Salut toi

Salut toi,
Ça fait longtemps, non ?
Ma faute, un peu.
Ma faute les messages sans réponses, les appels pareils.
Faudrait dire : Mea culpa.
Mais pas certain que dans Mea culpa il y ait le fond de ma pensée.
C’est à cette expo – la dernière fois que l’on s’est vus, d’ailleurs – que s’est coagulé quelque chose qui flottait un peu vague jusque-là.
Quelque chose : la raison pour laquelle notre amitié ne tient plus.

(Désolé d’avance, ça va faire pas mal de notes vocales)

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Impression 22

Aux confins des catégories traditionnelles : reclasser l’oeuvre de Silvère Jarrosson

Le mouvement est au cœur de la création. Là où notre perception individuelle et collective de la réalité l’immobilise souvent, ne serait-ce que le temps de l’embrasser, l’univers qui nous entoure est en perpétuel mouvement: corps célestes, plaques tectoniques, pierres, animaux, végétaux, cellules, particules. L’absence de mouvement ne semble exister nulle part. La mort même n’est-elle pas la dynamique de la vie qui se dévore et génère de nouvelles créations à partir de ses propres décombres ?

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Impression 12

Peindre Nathalie Sarraute

La scène a lieu dans l’atelier du peintre Silvère Jarrosson. La fin d’une journée occupée à donner vie à une toile de lin enduite de différentes couches de peinture acrylique. Des heures à passer du désarroi à l’enthousiasme, du banal au sublime. Et inversement. Et inversement encore.

Comment parler de l’art, m’interrogeais-je? Commenter une œuvre, est-ce uniquement l’analyser, trouver des repères, décrire… ? Devant moi se joue rien de moins que la création, la révélation de l’univers : réactions en chaîne, chaos, glissements, coulures, craquelures, gesticulations, coups de force, renversements. Sous mes yeux naissent autant de constellations que d’ailes de papillons. Ici de l’écume, là une marbrure…

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L’expression d’une catastrophe

Le travail de Silvère Jarrosson ajoute au monde connu sa dimension apocalyptique. Il montre un univers où tous les langages sont abolis, mais dans lequel règnent encore la part animée et mouvante de l’âme, le fredonnement des interstices, la respiration des vides : sans cela, l’être renoncerait à sa part légendaire. C’est pourquoi cet art se regarde comme une aventure organique et lente de ce temps mythique présent en nous, à notre insu, et qui rejaillit dans nos émotions.

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Une écriture du jaillissement

Née pratiquement à l’orée du vingtième siècle, la peinture abstraite est loin d’avoir achevé sa course. Son influence auprès des jeunes générations, à compter de divers postulats, témoigne de sa pérennité, en dépit des sollicitations du numérique et autres scénographies éphémères.
Par ses choix, sa formation, ses affinités naturelles, son histoire personnelle, sa fibre spirituelle, Silvère Jarrosson appartient à ce quantum de jeunes artistes qui savent qu’il y a plus à découvrir dans le non-connu que dans l’évidence. Mais bien que ses compositions ne soient jamais des équivalences du visible, il en émane une réalité spécifique, où le poids du monde résonne intensément.

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Hommage à Philippe Cognée 2

À la lecture du chaos

D’aucuns parleront de la peinture de Silvère comme « abstraite », par opposition au figuratif, sans doute. Mais elle est très concrète, très ancrée dans la matière. La peinture de Silvère est une peinture de l’exploration qui embrasse le cosmos, la pensée et le mystère de l’indicible. Peinture en évolution perpétuelle, elle se nourrit de toute sorte de phénomènes biologiques, physiques et oniriques, grâce auxquelles elle trace sa propre trajectoire. C’est en suivant les sept séries de l’œuvre, de « Rythmes vitaux » à « Élégies », qu’on découvrira sa diversité.

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Un peintre abstrait à l’époque du 3.0

Silvère Jarrosson est entré en peinture pour répondre à un appel impérieux qui s’est manifesté à lui à travers un : « c’est cela que je veux faire ! », alors qu’il découvrait le travail pictural d’un ami. Quoi, cela ? La peinture ! Rien au départ ne le destinait à devenir peintre. Son parcours avait été tout autre, puisqu’il devait devenir danseur étoile. Confronté à l’impossibilité de poursuivre dans cette voie, il fit des études de biologie et découvrit la pratique de l’art à cette époque. Dès lors, avec une passion sans limites, il s’est mis au travail et n’a plus dévié du chemin qui s’est ouvert devant lui. Il est devenu ce qu’il avait à cet instant compris devoir être, peintre.

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Entrée en mouvement

Les attitudes que nous adoptons face au mouvement peuvent varier. Si, d’un côté, nous pouvons ne pas apercevoir un mouvement, nous pouvons aussi choisir de l’ignorer. Nous pouvons nous laisser entraîner par un mouvement puis attendre avec soulagement qu’enfin il cesse. Il existe dans la physique plusieurs types de mouvement tels que les mouvements brownien, mécanique, variable ou réactif, le mouvement de la chaleur ou le mouvement invariable. Il est possible de transposer et appliquer à l’art une partie de tous ces mouvements. En fait, dans son expression classique, l’art visuel est statique et c’est l’imagination du spectateur qui y génère le mouvement.

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L’amnios du temps

La troisième exposition de Silvère Jarrosson à la Galerie Hors-Champs présente les nouvelles recherches picturales nées de son univers déjà bien affirmé. Les formes abstraites, minérales et reptiliennes, célestes et granuleuses, poursuivent leur évolution par une multitude de variations, de nuances, qui se révèlent comme un prolongement de ses dernières séries, comme un même corps en devenir.
On ne saurait dire si ce corps « grandit », puisqu’il se refuse toujours à nommer ce qu’il pourrait figurer : il mute, en tout cas. La technique est la même : avant le dripping, Silvère Jarrosson prépare sa peinture selon un procédé qu’il rapproche de la subduction […]

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La pein­ture gnomique​

Silvère Jar­rosson invente un uni­vers tout en tor­sions. Cela tient d’abord à la tech­nique employée par l’artiste : glis­sant une couche de pein­ture blanche sous une couche de pein­ture colo­rée, celle-ci la déforme par ce qui s’apparente à un mou­ve­ment tel­lu­rique. Les matières se jouxtent sans fusion­ner dans un magma ; l’artiste donne à la pein­ture l’impression de reliefs quasi métal­liques. Des corps semblent ram­per sans pour autant qu’on puisse en signi­fier la vraie nature puisque tout semble deve­nir presque infor­mel et moiré. L’acrylique reste la matière pre­mière de cet action pain­ting qui peut rame­ner autant à la pré­his­toires de la chi­mie qu’à des expé­riences post­mo­dernes là où l’image semble virtuelle.

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Pour faire éclore le hasard

C’est l’histoire d’un garçon qui dessine.
Qui dit un jour à ses parents : « Je voudrais danser. »
Doué pour le ballet, le garçon entre à l’Opéra de Paris.
Mais répétant son premier rôle de soliste – cette Fête des fleurs à Genzano qu’interpréta Noureev –, il se blesse gravement.
C’est l’histoire d’un danseur qui souffre en silence.
D’un blessé qui monte sur scène, et se réveille dans un service de réanimation.
Infection généralisée : on frôle la mort.
Les vraies naissances sont des renaissances.
Silvère Jarrosson voit le jour à dix-huit ans, avec une idée en tête : peindre.

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La naissance du chaos

Pour sa première exposition monographique, « In Utero », Silvère Jarrosson prolonge l’édification de son univers pictural comme une cartographie psychique, et en atteste la singularité dans ses voyages visuels, entre l’exploration géologique et la vision microscopique.
Si la carte est bien tracée, le territoire, lui, est encore indéfini, et compte bien le rester. C’est que ce territoire se plaît à se dérober, comme la peinture se dérobe du pinceau suspendu de Jarrosson, à se mouvoir dans un panel d’évocations unissant les opposés (l’infiniment grand et l’infiniment petit mais aussi le charnel et l’inerte) pour les diriger vers autre chose.

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Cartographie picturale

L’œuvre de Silvère Jarrosson se déploie en une remarquable sismique picturale où l’abstraction se déchire par saillies mouvementées. L’artiste use du dripping pollockien et laisse émerger la capillarité de l’acrylique qu’il travaille pour développer ses turbulences colorées.
La production s’émancipe avec force de l’abstraction picturale traditionnelle, et donne naissance à un art non-figuratif célébrant le mouvement spontané.

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