La pein­ture gnomique​

Silvère Jar­rosson invente un uni­vers tout en tor­sions. Cela tient d’abord à la tech­nique employée par l’artiste : glis­sant une couche de pein­ture blanche sous une couche de pein­ture colo­rée, celle-ci la déforme par ce qui s’apparente à un mou­ve­ment tel­lu­rique. Les matières se jouxtent sans fusion­ner dans un magma ; l’artiste donne à la pein­ture l’impression de reliefs quasi métal­liques.

Des corps semblent ram­per sans pour autant qu’on puisse en signi­fier la vraie nature puisque tout semble deve­nir presque infor­mel et moiré. L’acrylique reste la matière pre­mière de cet action pain­ting qui peut rame­ner autant à la pré­his­toires de la chi­mie qu’à des expé­riences post­mo­dernes là où l’image semble virtuelle.

Un tel tra­vail demande beau­coup de pré­ci­sion. Il per­met de don­ner plus d’instinct au savoir-faire de l’artiste. Le jeu des cou­lures plus ou moins lar­vées crée d’étranges défi­lés d’où émerge, par-delà la sen­sua­lité de la matière et du geste, une spi­ri­tua­li­sa­tion de la repré­sen­ta­tion. L’œuvre ne témoigne donc pas d’un simple plai­sir de mon­trer.

Sur­git le pré­sent gno­mique d’une contem­pla­tion spé­cu­la­tive. Celle-ci sus­pend et sur­prend la vision, per­met d’entrer en ce qui touche à l’instable contre l’évidence fac­tice des appa­rences. L’artiste les exor­cise non sans une pos­tu­la­tion mystique.