Scénographie

En collaboration avec la Compagnie Illicite et le chorégraphe Fabio Lopez, le ballet Aura a été présenté pour la première fois le 19 janvier 2019 au Théâtre national de Bayonne, puis en France et en Espagne. Le Requiem de João Domingos Bomtempo (1775-1842) est le trait d’union qui unit le travail chorégraphique de Fabio Lopez et scénographique de Silvère Jarrosson. L’idée étant, pour ce dernier, de clore un cycle : revenir à la danse après l’avoir quittée. Plusieurs thèmes se croisent dans son expression scénographique : la solitude face à la mort — par la mise en place d’un monde parallèle qu’exprime une chimère abstraite en mouvement — et l’alliance entre la danse et la peinture. C’est l’idée à la fois de diluer une dose de mouvement dans la peinture et une dose de peinture dans le mouvement.

Extrait de la vidéo projetée durant le ballet Aura (Lacrimosa)

I

Aura (expiration en grec ancien) affronte l’idée de la mort, tant chorégraphiquement que scénographiquement, par le choix d’un requiem. Il s’agit de réfléchir sur les paradis perdus, le vide et la solitude selon les mots de Fabio Lopez. Sur une telle thématique, mon apport ne pouvait consister à remplir l’espace immatériel laissé vacant autour des danseurs, mais au contraire à mettre en scène une esthétisation de la vacuité et de l’errance.

Sur fond noir, une chimère abstraite prend forme, s’étire et se contracte, égarée dans ce grand espace plein ou vide selon les moments. Si ses mouvements évoquent un certain désarroi existentiel, c’est de façon allégorique – par une chorégaphie dansée dans son espace propre. En apparaissant d’abord lointaine et minuscule, se déroulant puis se rapprochant lentement jusqu’à devenir un immense écran qui sera finalement traversé, ce fragment de peinture animé entraine le spectateur vers un passage : la mort ou la (re)naissance.

II

Puisqu’il ne s’agit pas de remplir mais plutôt de laisser vide, j’ai refusé de concevoir une video qui interfère directement avec la partition chorégraphique. La danse et la vidéo se suffisent à elles-mêmes, mais leur cohabitation exprime quelque chose. L’image animée ajoute au mouvement général de la chorégraphie son propre rythme.

Le mouvement de la chimère est une danse lente, presque immobile, planétaire. Elle condanse des forces puissantes. La chimère déploie en bougeant une surface fine et fluide, couverte de traces colorées qui ont leur dynamique propre, issue d’une forme d’action painting qui fut dansé.

J’ai cherché à rendre perméable la danse à une forme d’immobilité, et inversement la peinture perméable au mouvement (qui est la vie). L’osmose des disciplines et des techniques a guidé l’ensemble du travail entrepris avec Fabio Lopez et le Théâtre national de Bayonne.