Aura

I

Aura (expiration en grec ancien) affronte l’idée de la mort, tant chorégraphiquement que scénographiquement, par le choix d’un requiem. Il s’agit de réfléchir sur les paradis perdus, le vide et la solitude selon les mots de Fabio Lopez.

Sur fond noir, une chimère abstraite prend forme, s’étire et se contracte, égarée dans ce grand espace, plein ou vide selon les moments. Si ses mouvements évoquent un certain désarroi existentiel, c’est de façon allégorique – par une chorégaphie dansée dans son espace propre. En apparaissant d’abord lointaine et minuscule, se déroulant puis se rapprochant lentement jusqu’à devenir un immense écran qui sera finalement traversé, ce fragment de peinture animé entraine le spectateur vers un passage : la mort ou la (re)naissance.

II

J’ai refusé de concevoir une video qui interfère directement avec la partition chorégraphique. La danse et la vidéo se suffisent à elles-mêmes, mais leur cohabitation exprime quelque chose. L’image animée ajoute au mouvement général de la chorégraphie son propre rythme.

Le mouvement de la chimère est une danse lente, presque immobile, planétaire. Elle condanse des forces puissantes. La chimère déploie en bougeant une surface fine et fluide, couverte de traces colorées qui ont leur dynamique propre, issue d’une forme d’action painting qui fut dansé.

J’ai cherché à rendre perméable la danse à une forme d’immobilité, et inversement la peinture perméable au mouvement (qui est la vie). L’osmose des disciplines et des techniques a guidé l’ensemble du travail entrepris avec Fabio Lopez et le Théâtre national de Bayonne. Il s’agit à la fois de diluer une dose de mouvement dans la peinture et une dose de peinture dans le mouvement.