Danser Schubert au XXIe siècle

Quinze pièces en création mondiale par les danseurs-chorégraphes du Ballet de l’Opéra national du Rhin.

Direction artistique : Bruno Bouché

Scénographie : Silvère Jarrosson

En deux mots

Franz Schubert a marqué à jamais l’histoire de la musique de son empreinte romantique. Né à Vienne en 1798, il est l’élève de Salieri et devient l’un des plus fervents admirateurs de Beethoven. Malgré sa mort précoce à l’âge de trente-et-un ans, il est l’auteur d’une œuvre fleuve comptant plus de mille pièces. Quatuors à cordes, symphonies, sonates, fantaisies, opéras, il a exploré toutes les formes avec la même quête d’absolu. Surtout, il a porté l’art du lied à sa perfection notamment avec La Belle Meunière, Le Voyage d’hiver et le posthume Chant du cygne, trois cycles qui révèlent avec éclat les thèmes qui l’ont obsédé durant toute sa vie : l’amour, bien sûr, mais aussi l’espoir, la déception, la mélancolie, la tristesse, la nature et surtout l’errance vers un ailleurs inaccessible.

Dans une scénographie du peintre Silvère Jarrosson, les danseurs-chorégraphes du Ballet de l’Opéra national du Rhin déploient leurs univers artistiques au fil d’une dramaturgie musicale autour de la figure et de l’œuvre de Schubert imaginée par le pianiste Bruno Anguera Garcia. Quinze pièces chorégraphiques intimes et singulières composent ce cycle schubertien inédit auquel se joignent plusieurs jeunes chanteurs de l’Opéra Studio.

Lieu imaginaire

Marier la peinture à la musique de Schubert réaffirme l’existence d’un lieu imaginaire, à la lisière du monde conscient, dont le jeune compositeur fut l’un des premiers explorateurs par sa musique, et que je cherche à faire naître dans mes tableaux. Au lieu de remplir l’espace laissé vacant autour des danseurs, un tel sujet incite plutôt à mettre en scène une esthétique de la vacuité et de l’errance, thème cher au compositeur.

« Il n’y a rien de plus beau et de plus puissant au théâtre qu’un plateau nu, parce que c’est le lieu de toutes les pièces possibles » Jean-François Sivadier, metteur en scène

La présente scénographie offre aux quinze chorégraphes qui composent ce spectacle un maximum de possibles, en ayant recours à différents panneaux mobiles sur lesquels ma peinture est reproduite à une échelle immersive. L’espace est modulé selon leurs besoins. D’abord complètement nu et ouvert, le plateau se structure au fil du spectacle. Du chaos naît progressivement un certain ordre. Comme dans un atelier, l’œuvre est générée à partir d’un bazar inspiré. Les premiers panneaux présents sur scène reprennent la disposition de ceux de mon atelier, négligemment adossés aux murs. Par ce procédé, je propose aux chorégraphes bien plus qu’un espace neutre : un vide prometteur qui ne demande qu’à être investi par la création. Les danseurs prennent possession de cet espace comme les peintres prennent possession de leur toile. Petit à petit, les panneaux se rangent et l’œuvre devient cohérente. Le rapprochement de fragments épars, de bribes et de tentatives, révèle progressivement une œuvre globale. Bien sûr, la danse et la peinture se suffisent à elles-mêmes, mais c’est leur rapprochement qui exprime quelque chose. C’est aussi l’histoire même de ce projet qui est racontée : la rencontre de chorégraphes, de musiciens, de danseurs, de costumiers, de techniciens et d’un peintre, et comment cet ensemble hétéroclite va progressivement donner lieu à une œuvre cohérente et unique : le programme Danser Schubert au XXIe siècle.

La participation des étudiants du Théâtre National de Strasbourg à l’élaboration de cette scénographie et des costumes a permis d’apporter des solutions techniques sophistiquées aux exigences artistiques du projet. Leur implication fut décisive pour s’affranchir de la réalité et rejoindre les rêveries du jeune Schubert, ainsi que celles des chorégraphes. L’élaboration des costumes, elle, a facilité le rapprochement fécond de la peinture et du corps en mouvement.

Convaincu que le Ballet de demain repoussera les limites de ce qu’il est convenu d’appeler la danse, pour faire appel à la force évocatrice des mouvements les plus inattendus, je souhaite faire monter la peinture sur scène en ne lui donnant rien de plus que la place qui est la sienne.

Dossier pédagogique

Mulhouse Théâtre de la Sinne – 12, 13 et 14 octobre 2021 Colmar Théâtre municipal – 21 et 22 octobre 2021